Grandes Orgues de Saint-Merry

Un grand orgue français


Pour la restauration d’un instrument historique du xxe siècle

Jean-Marc Leblanc

 
 
L’orgue de Saint-Merry est parmi les plus réputés de Paris ; il garde la trace de plus de trois siècles de facture d’orgue française et demeure le témoin sonore des grands organiers parisiens : les frères de Héman, François-Henri Clicquot, Aristide Cavaillé-Coll et plus près de nous Victor Gonzalez. Les premiers, François et Jehan de Héman, installèrent de neuf le grand orgue à la tribune en 1647. Ils devaient initialement remployer une grande partie de l’ancien instrument ; mais finalement, dans le 16 pieds en montre achevé en 1651, dont nous admirons aujourd’hui encore le buffet et la façade, ils placèrent onze jeux neufs, à la satisfaction des experts qui reçurent les travaux, Pierre Chabanceau de La Barre, organiste du Roy, et Pierre Thierry, facteur d’orgues. Le deuxième, François-Henri Clicquot, facteur d’orgue du Roy, reconstruisit complètement l’instrument et l’augmenta entre 1778 et 1782. Aristide Cavaillé-Coll, au milieu du xixe siècle, présenta en 1854 un devis de réparations urgentes, d’additions et de perfectionnements. La reconstruction de toute la partie mécanique de l’instrument, « conçue sur les nouveaux principes de l’Art moderne » (machine Barker) fut achevée en 1857. Après moins d’un siècle, Victor Gonzalez restaura de nouveau l’instrument ; là encore, en fait de restauration, il le reconstruisit de fond en comble et l’augmenta considérablement


Sous l’impulsion des organistes du moment, Charles Pillet au xviie siècle, Antoine Desprez à la fin du xviiie siècle, Camille Saint-Saëns au milieu du xixe et Norbert Dufourcq pendant une grande partie du xxe, ces facteurs restaurèrent ou plutôt reconstruisirent l’orgue de Saint-Merry et le firent bénéficier des progrès techniques de la facture pour le rendre apte à la musique nouvelle. S’ils enrichirent l’instrument de jeux nouveaux, ils conservèrent néanmoins chacun les pittoresques sonorités de l’orgue précédent. La gageure de chaque intervention était de déployer le plus d’ingéniosité possible pour que la profondeur de la tribune et la hauteur de la façade pussent contenir de plus en plus d’auxiliaires mécaniques et de tuyaux. Si chaque étape de l’histoire de l’instrument fut un enrichissement, elle fut aussi un traumatisme, notamment pour la tuyauterie : déplacement, changement de diapason, ré-harmonisation, entaille, modification de la hauteur des bouches, raccourcissement des tuyaux, etc., furent jusqu’à nos jours autant de souffrances.


        Aujourd’hui, l’orgue est dans son état de 1947, à quelques altérations près. Conçu par les organistes et experts Joseph Bonnet et André Marchal, membres de la commission des orgues des Monuments historiques, la restauration de l’orgue de Saint-Merry se voulait alors une exemplaire synthèse de l’orgue classique restitué et de l’instrument moderne aux sonorités diaphanes, aux timbres raffinés et à l’imposant tutti. L’assise classique des claviers du grand-orgue, du positif et des pédales fut complétée par trois nouveaux plans sonores : un grand récit d’esprit néo-classique (avec mixtures et sans jeux harmoniques), un écho, sorte de Brustwerk placé dans le soubassement droit (plan sonore le plus caractéristique de l’instrument grâce aux jeux pittoresques qui le composent : Voix humaine du xviie siècle, dessus de Hautbois du xviiie, Flûte à fuseau et Flûte de 4 pieds de Victor Gonzalez), et une pédale très fournie (assise grave indispensable du 32 pieds acoustique qui déborde sur la tribune même, principaux, mutations, Grosse Fourniture de 5 rangs, tous constituant la pédale secondaire placée dans le soubassement gauche).