Grandes Orgues de Saint-Merry : restauration (suite 1)

 
 



Le facteur Victor Gonzalez, parmi les grands harmonistes du xxe siècle, réalisa un un exemple original de ce qu’on appelait alors l’orgue néo-classique, grâce à la qualité des jeux anciens et à l’apport de nouveaux jeux comme les délicates flûtes.


Ces avatars donnèrent à chaque fois une nouvelle vie et un nouveau caractère à l’orgue de Saint-Merry. Celui-ci permet d’effectuer par l’écoute un voyage sans pareil dans l’histoire où les temps anciens sont revisités par les époques postérieures. Le malheur veut que les générations se succèdent et que les goûts successifs s’opposent. Prenons un exemple : Joseph d’Ortigue, dans le compte rendu de l’inauguration de 1857, félicitait Cavaillé-Coll d’avoir « réduit le nombre de jeux aigus et criards qui avaient pour effet de donner à la sonorité des anciens instruments un caractère nasillard peu en harmonie avec
les nobles accents de la musique religieuse » (« Inauguration des orgues de Saint-Merry à Paris », La Maîtrise, 15 décembre 1857) ; en 1933, dans son plaidoyer pour la restauration de l’orgue, Norbert Dufourcq reprochait à Cavaillé-Coll d’avoir dénaturé l’instrument « en en transformant les beaux jeux de Tierce et de Nazard en jeux ondulants et vulgaires de Dulciane et de Gambe » (« Les grandes orgues de Saint-Merry », Notre clocher, bulletin paroissial, février 1933). De même qu’on trouvait dans les années 1950 toutes les qualités sonores aux orgues de Victor Gonzalez, de même ces qualités se métamorphosèrent en défauts et tares à peine vingt ans plus tard. Ainsi va l’opinion ! Si au début des années 1950 l’orgue de Saint-Merry était un instrument phare, fleuron de la restauration des orgues historiques, qu’on se bousculait pour jouer, enregistrer et écouter, pour y découvrir la musique ancienne et contemporaine, l’esthétique de l’instrument fut, au cours des décennies suivantes, incomprise et décriée ; on ne rêvait plus que du retour au Clicquot, et partant, les gros entretiens et relevages furent sans cesse repoussés pour cause du grand jour attendu de la reconstitution du Clicquot. Cela explique l’accumulation de la poussière et le mauvais état général qui nuisent tant au bon fonctionnement et à la justesse de l’instrument. Depuis quelques années, les jeunes générations d’organistes, d’organiers et de musicologues, dont la soif de musique et d’instruments anciens a été étanchée par des restaurations plus ou moins bien réussies, s’intéressent à l’esthétique de l’orgue néo-classique et se penchent sur l’œuvre de Victor Gonzalez. À l’occasion du cinquantenaire de la mort de ce dernier, l’association Cavaillé-Coll a organisé un colloque en octobre 2006 autour de l’orgue de la cathédrale de Reims et de la musique de cette époque ; l’association des Amis de l’Orgue a, quant à elle, consacré son dernier bulletin, en décembre 2006, à l’œuvre et à l’esthétique de Gonzalez, et a réuni des témoignages précieux des personnes encore en vie qui l’avaient connu. Indépendamment de ces manifestations, les restaurations des orgues de Saint-Jacques de Dieppe (Victor et Fernand Gonzalez, reconstruction, 1929) et de la cathédrale de Soissons (Victor Gonzalez, 1949-1956) viennent d’être achevées en 2006, tandis que celles de l’orgue de la cathédrale de Reims (Victor Gonzalez, reconstruction, 1938) et celui de l’appartement de Norbert Dufourcq (Victor Gonzalez, 1949-1950, actuellement au Bec-Hellouin) sont désormais à l’étude.